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11
05
INITIATION (PREMIERE PARTIE)
Catégorie : Les Mots · permalien
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Initiation (1ère partie)
Prendre le Lyon-Strasbourg. Trouver une place assise dans le troupeau de lycéens, de bidasses en permission, de businessmen revenant au lit conjugal. Partout des empilements de sacs à dos, de valises, de baluchons et autres bagages que j'imagine gorgés de linge sale, de revues cochonnes et de capotes prêtes à l'effraction d'une partie intime. Un vendredi soir d'interne de pension religieuse.

A 15 ans, on a sans s'en rendre bien compte le pouvoir d'embraser les regards et gonfler les braguettes. Ce soir-là je laisse passer ma gare de destination. Une première. Trop crevé, trop chaud, trop enivré par les parfums d'aisselles, de nuques taurines et d'entrejambes en rut. Je descends à la prochaine; il faudra prendre un train en sens inverse et sans billet.

Ciel noir, lueur jaune pisse des réverbères, astres jumeaux d'un regard bleu virant à l'orage. Il est Fusco, Fusilier Marin, flirtant avec la trentaine et la gueule taillée dans la pierre brute du devoir. Rustre et fascinant. Planté sur un quai de gare comme un pieu dans mon âme, son corps est tout en arrêtes saillantes, en surplombs, en dalles que je rêve de conquérir. Il porte sa beauté comme une arme; la glace de ses yeux éventre les chaloupes qui roulent sur mes lèvres. Ma gorge s'emplit d'écume.

Le Fusco monte derrière moi, s'installe dans mon compartiment et grommelle un salut en forme d'ordre. Ce vieux train, puant de souvenirs et de secrets, nous emporte en gémissant par une campagne aux courbes et recoins mille fois pénétrés dans les deux sens. Je laisse défiler les ombres qui nous épient à la fenêtre, surveille la lueur intermittente et double qui m'appelle à son rivage, à mon naufrage. Il me regarde.

"Tu aimes la queue ?"
Il lance la question sans vaciller, précise, impitoyable, grenade dans ma chair. L'explosion ravage ma pensée, embrase mon corps comme la paille et le réduit en papillons de cendre que je ne peux retenir. Les ombres se pressent à la fenêtre en prévision du saccage. Il attend sa réponse.

"Je n'sais pas, M'sieur."
Je n'ai jamais rien fait que dans mes rêveries adolescentes, sitôt pardonnées pour à peine quelques prières appliquées.

"Comment ça tu ne sais pas? T'en veux ou t'en veux pas, c'est pas compliqué !"

Confiteor homo omnipotenti; Je confesse à l'homme tout-puissant...

"Oui M'sieur, j'en ai très envie mais vous seriez le premier."
"Un puceau. Putain, j'les attire! Tu sais te branler au moins ?"
"Oui M'sieur!"
"Alors c'est la même chose, sauf que tu vas me le faire."

L'ordre n'est pas ouvert à négociation. Je fais face aux premiers éperons granitiques de mon ascension. Je m'y heurte et blesse mon visage, plaqué à la paroi rigide par une main que je ne vois pas et qui me broie la nuque.
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24
04
L'AVEU
Catégorie : Les Mots · permalien
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La vie en rose - Steve Walker

Peindre avec les mots ce qui se passe de mots
Je suis, je préfère, j'aime...
Les blondes ou les brunes ?
Un chef de gare aux yeux magnifiques

Ton sourire multiplie ses rayons
berce mon coeur où frémissent et percent
les premières fleurs de saison

Peinture : "La vie en rose" de Steve Walker
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23
04
VISAGE DE NOS MEMOIRES
Catégorie : Photographie · permalien
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Ce soir, après quelques jours d'absence, je reviens avec ces quelques photos qui me touchent beaucoup, et que je voudrais partager avec vous... La visite, c'est par ici

Hoist Ride - Lewis W. Hine circa 1932"HOIST RIDE"
Lewis W. Hine circa 1932
Très certainement un travailleur sur le chantier de construction de L'Empire State Building (New York, NY), regardez le bien! Un soupçon de moustache, la joue lisse, la pommette haute et le cheveux abondant, il n'a pas ou peu plus de vingt ans. Il est peut-être un immigré, fier de bâtir son pays d'accueil. Regardez encore! Où finit le métal: où commence la chair de l'homme? Les deux se fondent, luisants, massifs, puissants. Ainsi se construisent souvent les sociétés les plus resplendissantes: par la chair de ses immigrés. Coup du sort: ce pays qui l'accueillait jadis à bras ouverts est affligé, de nos jours, d'une persistante amnésie.

Spaghetti suspendus comme le linge - Albert Einsenstaedt circa 1935"SPAGHETTI SUPENDUS COMME LE LINGE"
Alfred Eisenstaedt circa 1935
Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils portent sur leurs épaules le savoir ancestrale et les traditions de leur aînés. La pureté des lignes verticales, la solidité des horizontales, la simplicité des textures, l'attention des regards et des gestes bénissent cette fresque d'une candeur, d'une innocence presque insupportable pour notre époque malade de subversion, de délation et de coups tordus. Mais attention, les nuages s'amoncellent déjà sur l'horizon et brouillent la vue. Le fléau fasciste s'annonce; la "modernité" suivra, autre cavalier d'une apocalypse du coeur.

Alabama Sharecropper - Walker Evans circa 1936"ALABAMA SHARECROPPER"
Walker Evans circa 1936
Un métayer; un simple métayer dont la noblesse surpasse celle du sans le plus bleu. Les yeux pleins de lumière, le regard plein de douleur, la peau battue par le mauvais sort et le labeur. Nous sommes quelques années après le crash de 29. Des milliers d'individus perdent leur biens et traversent le pays comme des bouts de chiffons aux vents acres et sableux. Où est sa famille? Depuis combien de temps ne l'a-t-il pas vue? En a-t-il une au moins?
Oh, je voudrais l'emmener dans un lit aussi profond que son ce regard, le couvrir de baisers aussi forts que le sort qui l'afflige!

Marilyn Monroe in green - Baron circa 1954"MARILYN MONROE IN GREEN"
Baron circa 1954
C'est à mon goût la plus belle photo que l'on ait prise de la star. Elle avait à peine 28 ans. Diaphane dans une chemise verte qui monte le long de son corps et s'ouvre en un décolleté caché, Marilyn ressemble à un lys, un arum, un fleur précieuse et que l'on sait éphémère.
L'arrière-plan est flou, maculé, en vert avec quelques taches de rouge comme la star elle-même. Moment prophétique d'une vie qui partira à la dérive et se perdra dans un brouillard qui ne s'est pas encore levé.
Légèrement penchée en avant, les yeux fermés et la main sur la poitrine, Marilyn semble vaciller, touchée au coeur par la douleur qui nous l'enlèvera.

Crédit photos: LUMAS
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14
04
UN ANGE M'A DIT
Catégorie : Les Mots · permalien
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n ange m'a dit

Toutes les couleurs sont admirables, mais une les surpasse toutes: celle du coeur.

All colors are admirable, but one outdoes them all: that of the heart.

Todos los colores son admirables, mas uno de ellos les supera a todos: el color del corazon.
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28
11
BETWEEN THEM ALL
Catégorie : Les Mots · permalien
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Foliethe things we hear
the ones we don't
the things we say
and those we can't
the things we confess
the many we won't
between them all
i'm losing myself
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26
06
TATOUAGES
Catégorie : Les Mots · permalien
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AgrandirJ'aime le corps tatoué.

Je le feuillette comme un magazine pour adultes.
J'y imprime les traces luisantes de mon désir...

Et vous ?

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16
10
LES OMBRES
Catégorie : Les Mots · permalien
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Vous fumiez quelque cigarette anglaise tirée d'un étui d'écaille; je vous jouais une arabesque, un nocturne ou ce morceau de Ravel qui vous aimiez tant. Vous frissonniez comme la flamme d'un cierge à court de prières. L'odeur de tabac s'enroulait entre les notes et les silences, ce cortège éphémère, lento ma non troppo, dont vous eussiez rêvé suivre le pélerinage fantôme.

"Je partirai comme un air de musique," chuchotiez-vous, "sans que l'on puisse me retenir. Il ne restera de ce que je fus qu'un accord ultime suivi d'un vague sentiment, et puis rien." Je pleurai de vous entendre si serein, si vaporeux et insaisissable à l'approche de notre fin. Votre légèreté, votre insouciance, ne furent jamais miennes; je m'éteignis dans un crescendo de douleur et de colère.

Le jour se levait: quelques touches de parme à l'hématome de la nuit. Une ombre s'élança vers un divan de velours où tombait un petit briquet d'argent. La lumière perça la pièce haute. Des fleurs assoupies dans un vase secouèrent leur pollen sur la nappe rouge.

Peut-être pleuraient-elles aussi.

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07
08
WEEKEND A CHAMONIX
Catégorie : Les Mots · permalien
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AgrandirLa montagne rend beaux ceux qu'elle épargne.

Femmes élancées comme des cascades, serpentines. Garçons taillés dans la roche alpine, tout en dalles, en surplombs, en arêtes saillantes qu'on voudrait conquérir; ils ont dans la voix le tonnerre des séracs. La peau rayonne comme un cuivre, les yeux s'embrasent de lueurs minérales. Les vieillards portent en eux la noblesse implacable des sommets.

L'image persiste dans ma mémoire et l'écorche vive.
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